Naufrage de l’« Esther Miracle » : les victimes réclament des indemnisations jusqu’à 5 milliards FCFA

Au tribunal de Libreville, les audiences consacrées au naufrage du ferry « Esther Miracle » se poursuivent avec l’examen des demandes d’indemnisation formulées par les victimes. Lors de leurs plaidoiries, jeudi, les avocats des parties civiles ont sollicité des réparations financières allant de 50 millions à 5 milliards de FCFA par personne, estimant que l’ampleur du drame justifie des compensations importantes.
Le propriétaire du navire entendu à la barre
Ces requêtes ont été présentées après l’audition de Blaise Armand Mbadinga, propriétaire du bateau exploité par la société Royal Cost, dont il assure également la direction. À la barre, l’entrepreneur a expliqué que l’acquisition du ferry s’inscrivait dans un contexte particulier, marqué par les perturbations du transport maritime durant la période de Covid-19.
Selon lui, la situation était alors critique pour la ville pétrolière de Port-Gentil, difficilement approvisionnée en marchandises.
« La ville était presque coupée du monde. Plusieurs bateaux en panne. La CNNII n’avait plus de bateau. Les prix flambaient à Port-Gentil. Les commerçantes m’ont supplié de transporter leurs marchandises », a-t-il déclaré pour expliquer la mise en service du navire pour le transport de fret et de passagers.
Une défense face aux accusations de mise en danger
Interrogé par les juges, Blaise Armand Mbadinga a fermement contesté toute responsabilité pour mise en danger de la vie d’autrui. Il a notamment affirmé qu’il devait initialement embarquer lors de la traversée qui s’est soldée par le drame.
« Le jour du naufrage, j’avais moi-même embarqué dans le navire, mais j’ai dû descendre après avoir obtenu un billet d’avion à la dernière minute », a-t-il expliqué.
L’homme d’affaires a ajouté qu’il devait impérativement se rendre à une réunion professionnelle le lendemain matin.
« Le lendemain, je devais être présent à 7 heures à une réunion de travail avec BGFIBANK », a-t-il indiqué.
Revenant sur les heures qui ont suivi le naufrage, il a évoqué la confusion qui régnait parmi ses proches.
« Le 9 mars, plusieurs de mes proches m’ont considéré comme mort, puisque, au décompte, je ne figurais pas sur la liste des rescapés », a-t-il témoigné, précisant que l’agent de la compagnie aérienne Afrijet lui ayant trouvé un billet à la dernière minute lui avait, selon lui, « sauvé la vie ».
Des questions techniques au cœur des débats
Les discussions devant le tribunal ont également porté sur les conditions techniques d’exploitation du ferry, notamment la question d’éventuelles modifications apportées à la structure du navire.
Le dirigeant de Royal Cost a réfuté les accusations évoquant l’ajout d’un étage sur le bateau.
« la hauteur et la longueur du bateau n’ont jamais été modifiées ».
D’autres éléments ont toutefois été examinés par la juridiction, notamment le changement du moteur ainsi que l’évolution du nombre de passagers transportés, qui serait passé d’environ 70 personnes à près de 200.
Selon Blaise Armand Mbadinga, ces chiffres doivent être replacés dans l’historique du navire.
« À son arrivée au Gabon en 2006, ce navire grec avait une capacité de 350 places et 500 tonnes de fret », a-t-il affirmé. Il a expliqué que l’entreprise Peschaud, qui avait acquis le bateau auprès de l’État gabonais, ne l’utilisait pas pour le transport de passagers, ce qui limitait le nombre d’occupants à bord.
Il a également assuré que les installations à bord avaient été améliorées pour le confort des voyageurs.
« Nous avons transformé l’habitacle en fauteuils en cuir pour faire voyager dignement nos passagers », a-t-il soutenu.
Cependant, les travaux effectués sur le ferry figurent parmi les points examinés par les enquêteurs. Selon l’enquête préliminaire, la société chargée de ces modifications et du remplacement du moteur pourrait ne pas disposer des compétences techniques nécessaires, une hypothèse que le dirigeant conteste.
« C’est une société homologuée par les services de la marine marchande », a-t-il indiqué.
Des réparations financières très élevées demandées
L’ensemble de ces éléments a alimenté les arguments des parties civiles, qui considèrent que les responsabilités doivent être pleinement établies et que les victimes méritent des indemnisations à la hauteur du préjudice subi.
Les réquisitions du procureur de la République sont attendues vendredi, avant les plaidoiries de la défense. Selon une source proche du dossier, le verdict pourrait être prononcé rapidement après ces étapes ou être mis en délibéré.
Un drame maritime majeur au Gabon
Le ferry « Esther Miracle » avait sombré le 9 mars 2023, alors qu’il assurait la liaison maritime entre Libreville et Port-Gentil. Le bilan officiel fait état de 34 morts, sept personnes portées disparues et 124 survivants.
À la suite de la catastrophe, plusieurs responsables de la marine marchande ainsi que des dirigeants de la société Royal Cost, dont l’ancien directeur général Fidel Angoué Mba, avaient été placés en détention dans le cadre de l’enquête judiciaire.







