Gabon : 100 millions de Fcfa extorqué, des magistrats et un responsable du B2 au cœur d’un scandale

À Port-Gentil, un vaste scandale secoue le système judiciaire gabonais. Un opérateur économique, ancien responsable syndical, affirme avoir été victime d’une extorsion de 100 millions de Fcfa orchestrée par des magistrats et un cadre du B2 (Direction générale de la contre-ingérence et de la sécurité militaire). L’affaire révèle les dérives d’un appareil judiciaire fragilisé par des pratiques de corruption présumée.
Un syndicaliste ciblé
En 2023, Patrick Yenou, alors à la tête du Syndicat autonome des pétroliers (SAP), exécute une décision de justice ordonnant le reversement des salaires aux employés de l’entreprise 3MA. Les fonds, déjà transférés par la société au syndicat, sont restitués sans difficulté apparente. Mais le dossier prend une tournure inattendue lorsque le responsable de 3MA, Moon Moundele, dépose une plainte contre Yenou pour « non-exécution d’une décision de justice ».
Le 31 juillet 2023, Patrick Yenou est arrêté par l’antenne locale du B2. Placé en garde à vue, il est interrogé puis enfermé dans une cellule insalubre. Malgré les documents prouvant que l’Arrêt du 17 juin 2021 avait commencé à être exécuté, Moon Moundele l’accuse désormais d’avoir détourné 395 millions de Fcfa.
La rançon exigée
Détenu plusieurs jours dans les locaux du B2, Patrick Yenou subit de fortes pressions. Selon son témoignage, le chef d’antenne du B2 lui aurait réclamé 150 millions de Fcfa pour envisager sa remise en liberté, affirmant avoir obtenu l’aval du parquet de la République. Acculé, Yenou consent finalement à verser 100 millions de Fcfa, remis en mains propres au responsable du B2 comme prétendue caution.
Le responsable du B2 promet que cette somme sera versée au dossier comme pièce à conviction lors du déferrement. Pourtant, l’argent n’apparaîtra jamais dans la procédure.
Les 100 millions de Fcfa introuvables
Après la présentation du dossier au parquet, le Procureur de la République rend un avis de classement en date du 3 novembre 2023. Mais lorsque Patrick Yenou demande la restitution des 100 millions de Fcfa, l’argent demeure introuvable. Ni les magistrats ni le responsable du B2 ne sont capables d’expliquer ce qui s’est passé.
Face à ce silence, Yenou dépose une plainte pour « dénonciation calomnieuse » et « extorsion de fonds » visant Moon Moundele et le chef d’antenne du B2.
Un dossier qui s’enlise
Malgré la gravité des faits, la plainte reste sans suite pendant plusieurs mois. En mai 2024, l’affaire n’a toujours pas avancé. Selon Me Jean Paul Moumbembe, avocat de Patrick Yenou, l’absence de progrès s’expliquerait par une solidarité entre magistrats. Dans une lettre adressée à l’inspecteur général des services judiciaires, il dénonce des pratiques illégales :
« À ce jour, nous constatons, pour le déplorer, qu’il n’y a depuis lors aucune avancée significative et que le dossier semble avoir été mis sous les coudes », écrit l’avocat.
Il s’interroge : pourquoi les magistrats et les officiers de police judiciaire n’ont-ils toujours pas été auditionnés ? Et comment garantir une justice équitable si ceux qui doivent l’incarner sont soupçonnés de collusion ?
L’affaire reste ouverte et suscite de vives inquiétudes sur l’état de la justice au Gabon.