Gabon : Une PME obtient un marché de 10 milliards par accord direct

Dès son arrivée en septembre dernier, le gouvernement de transition du Gabon avait promis de mettre fin aux marchés attribués par entente directe, une pratique qui avait proliféré sous Ali Bongo Ondimba. Malgré ces promesses, cette méthode de passation persiste. En effet, des marchés pouvant atteindre jusqu’à 10 milliards de FCFA continuent d’être attribués à des PME peu connues et sans expertise notable.
En 2023, d’après un rapport de la direction générale des Marchés publics, 189 marchés par entente directe ont été signés, totalisant près de 264 milliards de FCFA. Ces chiffres soulignent les défis de gestion financière et d’investissement que le pays rencontre. Pour y remédier, le gouvernement de transition a annoncé des réformes, notamment le rétablissement des appels d’offres comme méthode principale d’attribution des marchés publics, en respectant l’article 71 qui limite le gré à gré à 15%.
Cependant, en dépit de ces annonces, un marché de plus de 10 milliards de FCFA a été attribué directement à une PME appelée Morgan BTP, pour des travaux routiers et la construction d’ouvrages d’art. Cette procédure a été validée par le directeur général des marchés publics (DGMP) avec l’aval du directeur général du budget et des finances publiques (DGBFiP), récemment suspendu.
Cette situation suscite des interrogations. Comment une telle entente directe a-t-elle pu être approuvée, alors que la tendance actuelle favorise largement les appels d’offres ? Qui se cache derrière cette PME qui s’apprêtait à réaliser ces travaux pour 10 milliards de FCFA ?
La suspension d’Aurélien Mintsa Mi Nguema, directeur général du budget et des finances publiques, et la visite du ministre des Travaux Publics dans le Woleu-Ntem ajoutent des éléments de réponse, tout en soulevant de nouvelles questions sur le financement des projets en cours, comme la réhabilitation des voiries urbaines.
Par ailleurs, le rapport du FMI sur la gestion des finances publiques gabonaises et l’ordonnancement de plus de 606 milliards de FCFA au 31 mai 2024, avec un taux d’exécution de 25%, mettent en lumière les dysfonctionnements persistants. Ces dépenses n’incluent pas celles effectuées sans ordonnancement préalable par le trésor, laissant planer le doute sur l’existence d’autres marchés similaires passés inaperçus.