Au Gabon, Oligui Nguema exige des résultats sous peine de remaniement

Le général Brice Clotaire Oligui Nguema a adopté un registre nettement plus sévère. Lors du Conseil des ministres du 30 avril, le chef de l’État gabonais a évoqué la menace d’un remaniement gouvernemental et de limogeages au sein de l’administration publique, signalant une impatience croissante face à l’accumulation des retards.
Un bilan mitigé après un an de transition
Si certaines avancées sont reconnues — rétablissement partiel d’institutions et regain de crédibilité sur la scène internationale — la réalité du terrain reste préoccupante. Le chômage demeure massif, le pouvoir d’achat des ménages continue de se dégrader, et les réformes administratives n’ont pas encore produit les transformations structurelles attendues. La « refondation » promise à l’issue du coup d’État d’août 2023 peine à trouver une traduction concrète dans le quotidien des Gabonais.
Dans ce contexte, le président de la transition a exigé une « pleine mobilisation » de ses équipes. Une formule qui soulève une question évidente : dans quel état fonctionnait l’exécutif jusqu’à présent ? D’autant que les ministres en poste sont ceux qu’Oligui Nguema lui-même a nommés.
La menace de remaniement, signe d’une pression croissante
Brandir la perspective d’un remaniement revient à reconnaître implicitement les insuffisances d’un gouvernement que le chef de l’État a lui-même constitué. Cet aveu témoigne d’un exécutif sous pression, contraint de durcir le discours faute de résultats probants à présenter. Dans une transition politique, la fenêtre de temps reste étroite, et l’indulgence populaire encore plus.
La difficulté tient aussi à la nature même de l’appareil d’État hérité : une administration marquée par l’inertie, des élites politique habituées à la rente, des pratiques installées de longue date. Dénoncer ces travers après les avoir longtemps tolérés expose le pouvoir à une contradiction difficile à surmonter.
Sur l’économie, les intentions peinent à se traduire en actes
La volonté affichée de faire du Gabon un pays « attractif » et « offensif » pour les investisseurs est régulièrement réaffirmée. Pourtant, les obstacles structurels demeurent : lenteurs administratives, insécurité juridique, lourdeurs bureaucratiques. La relance annoncée d’un Haut Conseil de l’Investissement ne saurait masquer l’absence de réformes en profondeur. L’attractivité économique ne s’obtient pas par décret ; elle résulte de ruptures assumées, que le pouvoir semble encore hésitant à engager pleinement.
La lutte anticorruption : le diagnostic sans le remède
C’est sans doute sur le terrain de l’éthique publique que les attentes sont les plus fortes — et le fossé le plus visible. Oligui Nguema a nommément désigné la corruption, la concussion et les pratiques illicites comme des maux à éradiquer. Mais le constat lui-même n’est pas nouveau ; c’est le traitement qui fait défaut. L’histoire politique récente du pays a montré que les grandes déclarations anticorruption s’effacent souvent, laissant les structures de prédation intactes.
Une transition entrée dans sa phase décisive
En élevant le niveau de ses exigences publiquement, Brice Clotaire Oligui Nguema s’impose désormais une obligation de résultats. Menacer sans agir reviendrait à affaiblir son autorité. Promettre des sanctions et ne pas les appliquer crédibiliserait ceux qui doutent déjà.
La population gabonaise ne se contente plus des discours. Elle observe, compare, attend. Si les mois à venir ne produisent pas de changements tangibles, c’est l’ensemble du projet de transition qui sera soumis au verdict de l’opinion — y compris celui qui en a pris la tête. La transition est désormais jugée non plus sur ses promesses, mais sur ses preuves.







