GABON : Les employés de la CNNII suffoquent sous 22 mois de salaires impayés

Depuis près de deux ans, les agents de la Compagnie nationale de navigation intérieure et internationale (CNNII) vivent dans une précarité alarmante. Privés de revenus réguliers depuis novembre 2023, ils dénoncent l’inaction de leur direction générale et réclament le paiement immédiat de leurs arriérés. Le délégué syndical Daryl Mayombo a porté leur voix lors d’un entretien accordé à Gabon Media Time le 8 mai 2026.
Une dette salariale qui s’étire sur près de deux ans
La situation financière des travailleurs de la CNNII a atteint un seuil critique. Pères et mères de famille pour la plupart, ces agents affirment ne plus percevoir de rémunération depuis de longs mois, alors même que l’entreprise continue d’opérer. Le délégué syndical chiffre précisément le préjudice subi : « La CNNII nous doit 17 mois de salaires impayés, plus les 5 mois à ce jour, ce qui fait 22 mois. Et d’ici ce 20 mai 2026, nous serons à 23 mois sans salaire alors que le bateau est en activité. »
Une accumulation de dettes sociales que les employés peinent à comprendre, d’autant que l’activité de la compagnie se poursuit normalement sur le terrain.
La direction et la tutelle pointées du doigt
Au-delà des impayés, c’est le silence des responsables qui exaspère le personnel. Selon Daryl Mayombo, ni la direction générale ni le ministère de tutelle ne daignent communiquer sur l’état réel des finances de l’entreprise. Plus troublant encore, des recrutements seraient toujours en cours, alors que les anciens agents attendent toujours d’être payés. « Le personnel n’a pas de salaire et la tutelle ne communique pas. Le pire, c’est que pendant que les anciens revendiquent leurs salaires, de nouvelles personnes sont embauchées », a-t-il dénoncé.
Le délégué syndical révèle par ailleurs que les comptes bancaires de la CNNII seraient actuellement bloqués par les établissements financiers, en raison de difficultés de solvabilité imputées à la direction. Une information qui renforce les craintes d’une situation structurellement dégradée.
Représailles contre les grévistes
La contestation des agents n’est pas restée sans conséquences. Ceux qui ont participé aux mouvements de grève auraient fait l’objet de mesures disciplinaires jugées arbitraires. « Tous ceux qui ont manifesté lors du piquet de grève ont récemment été mutés dans des zones où la CNNII n’existe pas, notamment à Ndjolé, Lambaréné ou encore Mayonamié », a fustigé le délégué syndical, Daryl Mayombo.
D’autres travailleurs auraient été exclus de l’accès au Port d’Acae, tandis que certains se seraient vu promettre des primes ou des régularisations sans contrepartie de présence effective au travail — des pratiques dénoncées comme des tentatives de division au sein du personnel.
Entre promesses non tenues et attente d’une intervention en haut lieu
Face à l’impasse, plusieurs agents ont tenté de trouver des réponses auprès du ministère de tutelle. Ils en sont repartis avec une seule information : le dossier aurait été transmis à d’autres instances administratives. Une réponse jugée insuffisante, qui contraste avec les rumeurs d’une subvention de 540 millions de francs CFA qu’aurait annoncée la direction générale pour commencer à solder les arriérés.
Échaudés par des mois de promesses restées lettre morte, les employés de la CNNII placent désormais leurs espoirs dans une intervention directe des plus hautes autorités gabonaises. Pour eux, seule une décision politique forte permettra de mettre fin à une crise sociale qui les étouffe depuis bientôt deux ans.







