
Agropag en pleine tempête : Ndong Sima accuse le DG de défiance et se retire
La Société agropastorale du Gabon (Agropag) est plongée dans une grave crise de gouvernance. Une vidéo, diffusée le 30 juillet par Woleu-Ntem TV à Oyem, a mis en lumière les profondes divergences entre Raymond Ndong Sima, président du conseil d'administration et ancien Premier ministre, et le directeur général, Aubert Aimé Ndjila. M. Ndong Sima accuse publiquement le DG de refuser d'appliquer les décisions du conseil.
Le PCA dénonce un blocage et se retire
Depuis son domicile dans le Woleu-Ntem, Raymond Ndong Sima a exprimé son irritation face à l'immobilisme de l'entreprise. Il a révélé que « cinq conseils d’administration » s'étaient tenus en seulement « trois mois » sans qu'aucune solution ne soit trouvée pour des « questions élémentaires au sujet du fonctionnement de l'entreprise ». Cet état de fait l'a conduit à une sombre conclusion : « Agropag est en train de mourir. »
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L'ancien chef du gouvernement a affirmé que les résolutions adoptées par le conseil étaient systématiquement ignorées par la direction générale. « La totalité des points que le conseil d’administration a retenus est rejetée par le directeur général, qui fait exactement ce que bon lui semble », a-t-il déclaré. Cependant, il n'a pas fourni de détails précis sur les décisions contestées, les arguments du DG ou d'éventuelles observations de la tutelle, des éléments qui permettraient de mieux saisir l'ampleur du conflit.
Face à ce qu'il considère comme un défi constant à l'autorité du conseil, Raymond Ndong Sima a annoncé son retrait. « J’ai décidé, dans ces conditions-là, de ne pas être l’élément du problème, et donc de me retirer et de laisser les choses en l’état », a-t-il expliqué. Cette déclaration, qui s'apparente à une démission, nécessite une clarification officielle de sa situation administrative auprès du gouvernement ou du ministère de tutelle.
Un attelage malmené, des ambitions nationales menacées
La nomination de Raymond Ndong Sima à la présidence du conseil et d'Aubert Aimé Ndjila à la direction générale de l'Agropag avait été officialisée lors du Conseil des ministres du 26 février. Leurs installations respectives avaient eu lieu le 9 mars. Moins de cinq mois après cette mise en place, la collaboration, initialement perçue comme un atout, semble aujourd'hui profondément compromise.
L'Agropag, créée après la suppression de la Société d’agriculture et d’élevage du Gabon, est un pilier stratégique de la politique agricole gabonaise. Sa mission est de reprendre et de valoriser les actifs agricoles publics, de relancer les sites de production et de contribuer à la réduction des importations alimentaires. L'entreprise est un instrument clé pour atteindre la souveraineté alimentaire et préparer l'interdiction des importations de poulets de chair prévue à partir de 2027. Cette crise de gouvernance met donc en péril une structure essentielle aux ambitions du Gabon.
Le débat sur l'expérience et la jeunesse
Au-delà du conflit direct avec le directeur général, Raymond Ndong Sima a élargi sa réflexion à la place de l'expérience dans la gestion publique gabonaise. Il a critiqué une interprétation « extensible de la jeunesse » qui tendrait à écarter les responsables plus âgés. Faisant un parallèle ironique, il a souligné : « Au Gabon, quelqu’un qui a 50 ans, face à quelqu’un qui en a 55, dit : “Je suis jeune et vous êtes vieux” ». Il a rappelé que les définitions de la jeunesse par l'ONU (jusqu'à 24 ans) et l'Union africaine (jusqu'à 35 ans) sont bien différentes.
Pour l'ancien Premier ministre, l'enjeu devrait être la valorisation des compétences et des résultats, et non une opposition générationnelle stérile. Il a comparé la gestion du pays à une course de relais où chaque génération doit transmettre son savoir. « Si un des quatre est défaillant, il fait perdre tout le groupe », a-t-il averti, insistant sur le fait qu'aucun âge ne confère un avantage absolu. Il n'a cependant pas directement lié ce point de vue à l'origine du différend avec son directeur général.
Urgence d'une clarification
À ce jour, les accusations de Raymond Ndong Sima restent les seules publiquement détaillées. Aubert Aimé Ndjila n'a pas encore commenté les reproches formulés, ni donné sa version des faits concernant les conseils d'administration. De même, le ministère de l'Agriculture, de l'Élevage et du Développement rural n'a pas communiqué sur cette situation de crise, ni sur une éventuelle intervention pour rétablir un fonctionnement normal. L'équilibre des points de vue est donc manquant pour attribuer pleinement la responsabilité de cette paralysie.
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L'alerte lancée ce 30 juillet dépasse un simple conflit de personnes. Elle concerne l'avenir d'une entreprise publique vitale, financée pour relancer la production nationale et renforcer la sécurité alimentaire des Gabonais. La publication des procès-verbaux des conseils, des résolutions contestées et de l'état réel des sites de production permettrait de mesurer l'ampleur de la situation. Sans une intervention rapide et transparente de la tutelle, la gouvernance de l'Agropag risque de détourner les ressources et l'énergie qui devraient être consacrées aux objectifs agricoles majeurs du Gabon.
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