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Economie

Gabon : Le départ du président de la Cour des comptes sème le doute après une annonce choc

Par La rédaction 17 septembre 2026 6 vues⏱️ 4 min
Gabon : Le départ du président de la Cour des comptes sème le doute après une annonce choc

Un remaniement inattendu à la tête de la Cour des comptes gabonaise, survenu quelques jours seulement après l'annonce retentissante d'une vaste opération de recouvrement de fonds, alimente les spéculations. Le départ d'Alex Euv Moutsiangou, remplacé par Pamphile Moussavou Ibouanga, suscite de sérieuses interrogations au sein de l'opinion publique.

Une offensive audacieuse et un départ précipité

Dix jours avant son éviction, l'ancien Premier président de la Cour des comptes, Alex Euv Moutsiangou, avait fait preuve d'une détermination sans précédent. Il avait publiquement déclaré l'intention de l'institution de récupérer près de 1 700 milliards de francs auprès d'individus ou d'entités morales identifiés comme ayant fait l'objet de décisions de mise en débet ou d'amendes. Une échéance avait été fixée au 7 octobre pour le règlement de ces sommes, après quoi les dossiers devaient être transférés au juge judiciaire. Cette déclaration percutante avait replacé le contrôle des finances publiques et l'exécution budgétaire au centre du débat national.

Cependant, le 16 septembre, lors d'une réunion à Port-Gentil, le Conseil supérieur de la magistrature (CSM) a procédé à son remplacement. Bien que cette décision relève des prérogatives du CSM, elle s'inscrit dans un contexte qui interpelle fortement.

L'aura d'un magistrat « intrépide » et les fuites embarrassantes

Malgré lui, Alex Euv Moutsiangou avait acquis une image nouvelle, celle d'un magistrat courageux, prêt à exiger des comptes aux plus influents, une sorte d'« Eliot Ness à la gabonaise ». Peu après ses révélations, un recueil de jugements et avis des juridictions financières a fuité, exposant des affaires longtemps restées confidentielles. Si ce document a parfois conduit à des interprétations hâtives – tous les montants évoqués n'étant pas des détournements et certaines créances étant d'exigibilité incertaine – il a néanmoins été perçu par une partie de la population comme le signe d'une volonté de rupture avec les pratiques passées et l'aube d'une nouvelle ère de lutte contre la corruption.

Des personnalités publiques, à l'instar de Geoffroy Foumboula Libéka, vice-président du Conseil économique social environnemental et culturel (Cesec), avaient alors publiquement encouragé Alex Euv Moutsiangou à « aller jusqu’au bout », anticipant déjà des « pressions énormes ».

Le poids du doute institutionnel

À ce jour, aucun lien formel n'a été établi entre l'annonce de recouvrement et la révocation du Premier président. Néanmoins, la temporalité de cette décision envoie un message puissant. À une période où le pays proclame la « restauration des institutions », les actions doivent s'aligner parfaitement avec les discours. Le départ soudain d'un magistrat perçu comme un symbole de bravoure et de transparence, juste après des déclarations aussi retentissantes, ne peut qu'alimenter les conjectures.

Même si le CSM a agi dans le cadre de ses attributions, l'évaluation des répercussions politiques et institutionnelles d'une telle décision est cruciale. Le soupçon, bien souvent, ne naît pas d'une preuve irréfutable, mais de l'incapacité à dissiper les amalgames. D'autant plus qu'au début de cette affaire, l'initiative de recouvrement avait été attribuée par certains au président de la République – également président du CSM – sans qu'aucune clarification officielle ne soit apportée.

L'enjeu de la confiance citoyenne

Cette affaire dépasse le simple sort d'un magistrat. Elle touche à la confiance des citoyens dans la capacité des institutions à agir avec intégrité et cohérence. La justice financière ne peut se permettre de donner l'impression de reculer après avoir proclamé sa détermination à avancer. La date du 7 octobre, échéance fixée pour le recouvrement, pourrait apporter de nouveaux éléments. Cependant, une question fondamentale persiste : une démarche aussi sensible a-t-elle été lancée sans l'approbation des plus hautes autorités ou sans un cadre politique, juridique et institutionnel préalable ? Sans une réponse claire, le soupçon persistera, et avec lui, la confiance citoyenne risque de s'éroder durablement.

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